Vendredi 02 Octobdre 2026
Nation Haut-Katanga

La méthode Martin Kazembe Shula, entre révolution des infrastructures et arbitrages budgétaires de crise

La méthode Martin Kazembe Shula, entre révolution des infrastructures et arbitrages budgétaires de crise

À la tête de la province du Haut-Katanga, le gouverneur intérimaire Martin Kazembe Shula impose un style de gouvernance mêlant rigueur financière et dynamisme de terrain. Aligné sur la vision du président Félix Tshisekedi, l'exécutif provincial achève sa première année de gestion en affichant un bilan axé sur la métamorphose urbaine et l'augmentation des capacités budgétaires. Cependant, face à la persistance de l'insécurité, aux défis sociaux criants et aux impératifs d'une transition politique complexe, l'équilibre reste fragile pour le premier poumon économique de la République démocratique du Congo.

Le leadership politique : l'affirmation d'une gouvernance de proximité et d'alignement

Martin Kazembe Shula a su imposer son autorité en adoptant une approche managériale de terrain, rompant avec la distance administrative traditionnelle pour s'assurer personnellement de l'exécution des chantiers. Son style politique privilégie l'inspection directe et les descentes régulières sur les sites clés afin d'aligner les équipes techniques sur un rythme de travail accéléré. Ce pragmatisme se double d'une communication fluide et directe, comme en témoignent ses rencontres périodiques avec les professionnels des médias pour rendre compte publiquement des deniers publics engagés.

Sur le plan stratégique, le chef de l'exécutif provincial incarne le relais loyal de la vision nationale impulsée depuis Kinshasa. Qu'il s'agisse de la concrétisation locale de la Couverture santé universelle ou des réformes institutionnelles, son action s'inscrit en parfaite harmonie avec les priorités du pouvoir central. Il s'est ainsi positionné comme un pilier politique majeur dans la région, orchestrant de grandes mobilisations citoyennes et politiques à Lubumbashi. Cette posture renforce la cohésion entre la province et les institutions nationales.

Ce leadership repose également sur une restructuration des dynamiques internes au sein de l'appareil provincial pour casser les circuits de complaisance. En instaurant une culture du résultat au sein des ministères sectoriels, le gouverneur a réussi à remobiliser l'administration publique locale. Sa méthode allie fermeté institutionnelle et sens de l'écoute, ce qui lui permet de désamorcer les tensions politiques inhérentes à un mandat intérimaire. Il s'impose désormais comme le garant de la stabilité politique et de la continuité de l'État dans une province traditionnellement agitée.

Un bilan sectoriel ancré dans la transformation visible et l'essor budgétaire

Le premier volet du bilan de Martin Kazembe Shula repose sur une relance historique des infrastructures routières et de franchissement. La matérialisation des ponts Kasungami et Biayi, couplée à la modernisation des principales artères de Lubumbashi, témoigne d'une volonté de désenclaver les zones économiques. De plus, le suivi rigoureux des chantiers majeurs, comme la construction du nouvel amphithéâtre de l'UNILU ou le Palais de justice, dote la province d'édifices modernes. Ces réalisations redessinent progressivement le paysage urbain et renforcent les capacités institutionnelles.

Sur le plan de l'optimisation financière, le gouvernement provincial a enregistré des performances notables en sécurisant l'approvisionnement des imprimés de valeur. Cette réforme administrative a permis de traquer les coulages de recettes et d'optimiser la perception des taxes locales au bénéfice de la caisse de l'État. Grâce à cette rigueur budgétaire, le Haut-Katanga a vu ses capacités financières s'accroître de manière significative. Le budget provincial de l'exercice 2026 affiche une hausse nette, offrant des marges de manœuvre inédites pour les investissements publics.

Dans les secteurs sociaux de la santé et du développement frontalier, l'action de l'exécutif s'est concrétisée par des projets d'envergure. Des hôpitaux généraux de référence sortent de terre à Pweto, Kasenga et Lubumbashi pour matérialiser l'accès gratuit aux soins de santé de base. Parallèlement, l'ouverture et l'opérationnalisation du poste frontalier de Lonshi à Sakania dynamisent le commerce transfrontalier avec les pays voisins. Enfin, des canaux navals ont été aménagés pour relancer durablement le secteur de la pêche et soutenir l'autonomie alimentaire locale.

Les difficultés économiques : le poids des dettes et la paralysie des paiements

La principale difficulté économique réside dans la gestion d'un héritage financier lourd, marqué par d'importants engagements contractés auprès de tiers sous les gestions précédentes. Ces dettes massives pesaient lourdement sur la trésorerie de la province, menaçant d'asphyxier les services publics et d'interrompre les chantiers en cours. Face à ce péril, Martin Kazembe Shula a dû prendre des mesures d'austérité drastiques pour éviter la faillite technique de l'entité provinciale.

Pour assainir la situation, le gouverneur a pris la décision radicale de suspendre tous les paiements au niveau provincial jusqu'à nouvel ordre. Cet arbitrage budgétaire brutal, bien que nécessaire pour maîtriser les dépenses publiques, a ralenti temporairement les relations économiques avec les fournisseurs locaux. Les ministères provinciaux et le secrétariat exécutif ont été soumis à un régime de vaches maigres, limitant les dépenses aux stricts impératifs de souveraineté.

Cette période de gel financier a mis en lumière la fragilité d'une économie provinciale ultra-dépendante des fluctuations minières et des circuits bancaires. Le management a dû négocier de nouveaux moratoires avec les créanciers tout en maintenant une pression fiscale constante sur les opérateurs économiques. Trouver le juste équilibre entre l'apurement des dettes passées et le financement des projets d'avenir reste un exercice de haute voltige qui complique la gestion quotidienne de l'espace katangais.

Les défis sécuritaires et sociaux : insécurité urbaine et détresse de la jeunesse

La persistance de l'insécurité dans les grands centres urbains, particulièrement à Lubumbashi, constitue un défi de premier ordre pour l'exécutif provincial. Pour y faire face, le gouvernement a doté la Police nationale congolaise de véhicules neufs et de moyens logistiques accrus. Malgré ce renforcement de la mobilité des forces de l'ordre, la criminalité urbaine et les actes d'incivisme exigent une vigilance de tous les instants pour rassurer les opérateurs économiques et les citoyens.

Sur le plan social, le phénomène des enfants en situation de rue représente une urgence humanitaire et sécuritaire que la province tente de juguler. Martin Kazembe Shula a initié un vaste projet d'encadrement axé sur le centre de Lukuni pour offrir une prise en charge holistique à cette jeunesse vulnérable. L'objectif final reste leur réinsertion sociale et professionnelle afin de les extirper des réseaux de délinquance urbaine. Toutefois, l'afflux permanent de nouveaux mineurs vers les villes sature rapidement les structures d'accueil existantes.

À cette problématique s'ajoute le défi majeur de la modernisation des infrastructures marchandes, à l'instar du grand marché Mzee, qui nécessite une réorganisation profonde pour désengorger le centre-ville. De plus, la gestion humanitaire des flux migratoires pèse sur les ressources de la province. Les récentes résolutions tripartites avec la Tanzanie et le HCR pour faciliter le retour volontaire de près de 68 000 réfugiés congolais exigent une logistique d'accueil irréprochable pour réussir leur intégration communautaire.

Les perspectives d'avenir : vers un pôle industriel intégré et numérisé

L'avenir du Haut-Katanga sous l'impulsion de cette gouvernance s'articule autour de la numérisation complète des services générateurs de recettes. L'exécutif ambitionne de dématérialiser l'ensemble des procédures fiscales aux frontières et dans les centres de perception urbains pour éradiquer définitivement la fraude. Cette transition technologique permettra non seulement de sécuriser les flux financiers, mais aussi d'offrir une transparence totale indispensable pour attirer les investissements directs étrangers.

Sur le plan industriel, les perspectives intègrent la création de zones économiques spéciales pour transformer localement les produits miniers et agricoles avant leur exportation. Le gouvernement provincial prévoit de s'appuyer sur la dynamisation des postes frontaliers modernes, comme celui de Lonshi, pour positionner la province en plaque tournante du commerce entre l'Afrique australe et le reste de la RDC. Cette diversification économique vise à réduire la vulnérabilité du Haut-Katanga face aux chocs extérieurs sur le marché des métaux.

Enfin, le renforcement du capital humain demeure la clé de voûte des projections futures de l'autorité provinciale. L'achèvement des infrastructures universitaires et judiciaires pose les bases d'une société plus équitable, régie par un État de droit fort et portée par une jeunesse qualifiée. En pérennisant les programmes sociaux d'encadrement et en étendant la couverture santé universelle à tous les territoires, l'exécutif trace la voie d'une croissance inclusive où les richesses du sous-sol profitent enfin au bien-être de chaque Katangais.


LSM