Dans les couloirs feutrés de la recherche scientifique congolaise, son nom résonne avec la force des évidences. Le Professeur Jérémie Muswema Lunguya fait partie de cette élite intellectuelle qui refuse de voir la RDC rester en marge des grandes révolutions technologiques. À la fois pédagogue rigoureux et diplomate scientifique de premier plan, il porte sur ses épaules la mise en œuvre technique de cette politique nationale de l'atome civil, sous l'encadrement du ministère de tutelle.
De la colline inspirée aux réseaux d'élite africains
L'excellence académique du Professeur Jérémie Muswema Lunguya s'est forgée au prix d'un parcours universitaire sans faute, marqué par une ouverture internationale de premier ordre. Titulaire d’un Diplôme d’Études Approfondies puis d'un Doctorat de l'Université de Kinshasa, il a très tôt compris que la maîtrise de l'atome exigeait de se confronter aux meilleurs standards du continent. C'est ainsi qu'il s'est engagé dans des études avancées au Ghana, où il a décroché un Master of Philosophy au sein de la prestigieuse School of Nuclear and Allied Sciences de l'Université du Ghana, un pôle de référence reconnu par les instances spécialisées mondiales.
Cette double culture académique, à la fois locale et panafricaine, fait de lui un profil rare et hautement stratégique lors des sommets internationaux comme celui d'Addis-Abeba. Aujourd'hui élevé au rang de Professeur Ordinaire — le sommet de la hiérarchie universitaire en RDC —, il transmet son savoir à la Faculté des Sciences et Technologies de l’Université de Kinshasa. Au sein de la Mention Chimie et Industrie, plus précisément à l’Unité de Chimie Nucléaire et Radiochimie, il forme avec passion la future garde des chercheurs et ingénieurs congolais, leur inculquant le culte de la rigueur, de la sécurité et de l'innovation.
Le pivot de la diplomatie nucléaire entre Kinshasa et Vienne
Depuis mai 2021, le Professeur Muswema Lunguya occupe la fonction stratégique de Directeur Scientifique du Commissariat Général à l’Énergie Atomique (CGEA), basé au Centre Régional d'Études Nucléaires de Kinshasa (CREN-K). À ce poste de haute responsabilité, il supervise les programmes de recherche et veille à ce que le potentiel atomique congolais, notamment son réacteur historique, serve de levier pour la médecine, l'agriculture et l'industrie. Son management, alliant rigueur académique et vision managériale, insuffle une nouvelle dynamique à cette institution publique.
Mais son influence dépasse largement les frontières nationales. Le gouvernement congolais lui a confié le rôle crucial d’Officier National de Liaison de la RDC auprès de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA). Installé à l'interface entre Kinshasa et le siège de l'agence à Vienne, il pilote l'ensemble des programmes de coopération technique. Qu’il s’agisse de l’introduction de la radiothérapie de pointe pour soigner les cancers ou de techniques nucléaires pour améliorer les rendements agricoles nationaux, il est l’architecte de ces transferts de technologies vers la RDC.

Un expert de la sûreté et de la protection de l'environnement
Le parcours de Jérémie Muswema Lunguya est également indissociable de l'histoire de la régulation nucléaire en RDC. Il a exercé les fonctions de Secrétaire Exécutif honoraire du Comité National de Protection contre les Rayonnements Ionisants (CNPRI). En tant qu'ancienne autorité de régulation, il a veillé pendant des années à la protection des populations et de l'environnement contre les effets nocifs des radiations, accumulant une expertise unique en gouvernance de la sûreté nucléaire. Ses compétences couvrent des domaines aussi pointus que la radiochimie, la radioprotection et la photocatalyse environnementale, une technologie d'avenir pour la dépollution des écosystèmes.
Avec plus de 15 années d'expérience cumulées au compteur, ce grand commis de l'État maîtrise parfaitement les rouages de la législation internationale. Alors que les débats font rage autour de la transition énergétique et de la révision de la Constitution de 2006, sa voix s'impose comme celle de la sagesse technique. Pour lui, la science ne doit pas rester confinée dans les laboratoires ; elle doit guider les législateurs pour permettre à la RDC d'exploiter ses immenses ressources d'uranium dans un cadre légal mondialement crédible, honorant ainsi la confiance placée en lui par la Ministre Marie-Thérèse Sombo Ayane Safi Mukota.
Focus institutionnel : L’écosystème de la gouvernance nucléaire en République Démocratique du Congo
Derrière l'action scientifique du Professeur Jérémie Muswema Lunguya s'articule un mécanisme institutionnel précis qui encadre l'utilisation de l'atome civil en République Démocratique du Congo. Cette architecture repose sur une collaboration étroite entre la recherche scientifique nationale, le contrôle réglementaire du territoire et l'accompagnement technique international.
Le Commissariat Général à l’Énergie Atomique, à travers le Centre Régional d’Études Nucléaires de Kinshasa situé sur le campus de l'UNIKIN, constitue le pôle opérationnel et le moteur de l'innovation technologique du pays. Cette institution publique gère les infrastructures historiques nationales et conçoit les applications concrètes de l'atome au bénéfice de la société. Ses chercheurs transforment le savoir nucléaire en solutions concrètes pour la santé publique, l'optimisation agricole et la traçabilité des ressources géologiques.
Pour garantir la sécurité de ces opérations, le Comité National de Protection contre les Rayonnements Ionisants agit comme l'autorité de régulation indépendante sur toute l'étendue de la République. Ce garant de la radioprotection surveille l'utilisation des sources radioactives et des équipements émetteurs de rayonnements dans les hôpitaux et les industries extractives. Son action protège la population et l'environnement contre les risques liés aux radiations en appliquant des normes de sécurité rigoureuses.
À l'échelle internationale, l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique, dont le siège se trouve à Vienne, apporte le cadre normatif et le soutien technique indispensable aux ambitions du pays. La liaison entre Kinshasa et cette agence spécialisée de l'ONU permet de canaliser les transferts de technologies, les bourses de formation et les équipements de pointe. Cette synergie lointaine mais constante assure que le déploiement du nucléaire civil congolais s'effectue dans le respect absolu des traités et des standards de sûreté mondiaux.
L’héritage historique : Du gisement de Shinkolobwe au réacteur TRICO II
L’engagement de la République Démocratique du Congo dans le domaine du nucléaire ne se résume pas à ses riches gisements d'uranium de Shinkolobwe, dont l'exploitation historique a pesé de tout son poids sur les équilibres géopolitiques mondiaux pour y imposer la paix à la fin de la Seconde Guerre mondiale. La véritable force et fierté du pays résident dans son statut de pionnier technologique sur le continent. La RDC est en effet la toute première nation africaine à s'être dotée d'un réacteur nucléaire de recherche, le réacteur TRICO, inauguré sur le campus de Kinshasa dès la fin des années 1950.
Cette avance scientifique historique a tout naturellement conduit le pays à s'engager très tôt en faveur d'un usage exclusivement pacifique de cette source d'énergie. En signant le Traité de Pelindaba dès son ouverture en 1996, puis en ratifiant cet accord historique, Kinshasa a scellé sa position de pilier de la non-prolifération en Afrique. Cet héritage de gouvernance nucléaire responsable, matérialisé par ses infrastructures de recherche, confère aujourd'hui à la RDC une autorité morale et technique majeure lors des sessions de la Conférence des États parties, transformant son passé atomique en un levier diplomatique moderne au service du développement régional et de la prospérité du peuple congolais.


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