Le Grand Katanga est-il le cœur battant du siècle technologique ? De la pechblende de Shinkolobwe qui mit fin à la Seconde Guerre mondiale aux minerais stratégiques indispensables à la transition écologique actuelle, le sous-sol congolais façonne les équilibres mondiaux. Dans son nouvel ouvrage à la fois scientifique et engagé, "Grand Katanga, terre lumière : du feu atomique à l'horizon vert", le journaliste Guillaume Ekandje brise le silence mémoriel. Validé par la rigueur académique des experts nucléaires de la RDC, ce livre dépasse l'enquête historique pour s'imposer comme un véritable manifeste pour la souveraineté économique. Rencontre exclusive avec un auteur qui exige que la communauté internationale règle enfin sa dette envers le peuple congolais.
1. Pourquoi avoir choisi ce titre puissant
: "Grand Katanga, terre lumière : du feu atomique à l'horizon
vert" ?
Guillaume Ekandje : Ce titre résume notre trajectoire unique et notre responsabilité
historique dans le destin global. Le Grand Katanga est, au sens littéral, une «
terre lumière ». C’est d'ici qu'est issu l’uranium de Shinkolobwe qui a fait
basculer l’humanité dans l’ère nucléaire et mis fin à la Seconde Guerre
mondiale : c'est le feu atomique.
Aujourd’hui, c’est encore notre sous-sol,
regorgeant de cobalt, de lithium et de germanium, qui propulse la transition
énergétique mondiale : c'est l'horizon vert. Entre ces deux âges, notre cuivre
a irrigué l'électrification massive des États-Unis et la reconstruction de
l'Europe après 1945. Le Grand Katanga n'est pas une périphérie passive de
l'histoire, c'est le moteur technologique et stratégique du monde depuis plus
d'un siècle.
2. Votre ouvrage se distingue par sa grande
rigueur documentaire. Pouvez-vous nous parler de sa dimension scientifique et
de sa préface ?
Guillaume Ekandje : Il était crucial de dépasser le simple récit journalistique ou le
pamphlet militant pour offrir un travail d'une précision factuelle et technique
absolue. C'est pourquoi le livre est préfacé par l'un des plus grands experts
en sciences nucléaires de la République démocratique du Congo, le Professeur
Vincent Lukanda.
Cette caution scientifique de premier plan
valide l’exactitude de nos données, notamment sur les spécificités physiques et
géologiques de notre pechblende. Au-delà de la technique, cette préface pose un
jalon politique majeur : elle démontre que le Congo possède l'expertise
académique de haut niveau pour analyser son propre sous-sol et revendiquer sa
souveraineté scientifique face aux récits occidentaux.
3. Dans le premier chapitre, vous décrivez
la mine de Shinkolobwe comme une véritable « anomalie géologique ». Quel a été
l'apport exact de ce site aux enjeux mondiaux ?
Guillaume Ekandje : L'apport de Shinkolobwe a été total, décisif et destructeur pour le
destin du XXe siècle. Géologiquement, ce site affichait une concentration
d'uranium pur supérieure à 60 %, un phénomène proprement stratosphérique quand
les gisements canadiens ou américains de l'époque stagnaient péniblement à
moins de 1 %. Les blocs de pechblende étaient si massifs qu'ils se laissaient
arracher à ciel ouvert.
Sans cette richesse primitive du Katanga, le Projet
Manhattan n'aurait jamais pu aboutir à temps. Les bombes qui ont mis fin au
second conflit mondial sont nées dans nos entrailles. Le Katanga a offert sa
substance pour clore une guerre mondiale, au prix du sacrifice de sa propre
sécurité et de son environnement.
4. Face à cette contribution historique
majeure, vous plaidez pour la création de « sites mémoriaux ». Pourquoi cette
démarche est-elle urgente ?
Guillaume Ekandje : Parce que le Grand Katanga subit une terrible et injuste amnésie
collective. Shinkolobwe est aujourd'hui enveloppé dans une chape de plomb faite
de secret, de pillage et d'oubli. Il n'existe sur place aucun monument
d'envergure, aucun espace de recueillement national ou international à la
hauteur de ce sacrifice global.
Sanctuariser Shinkolobwe et d'autres gisements
historiques en sites mémoriaux officiels, c’est réhabiliter la vérité et
inscrire enfin la contribution du Congo dans la mémoire universelle de
l'humanité. Le monde doit regarder en face le lieu exact où son histoire
moderne a basculé. C'est un devoir de dignité envers nos populations et les
générations futures.
5. C'est le point de départ de ce que vous
nommez le « paradoxe katangais »...
Guillaume Ekandje : Exactement. C’est le paradoxe tragique de la richesse qui appauvrit,
de l'opulence du sous-sol face à la misère du sol. Nos ressources sauvent le
climat global, mais dévastent notre environnement local par la pollution. Le
monde nous doit ce que j'appelle une « dette de lumière ».
Il est moralement inacceptable, insoutenable
et révoltant que les populations de la terre qui éclaire, électrise et connecte
la planète soient les mêmes qui sont condamnées à vivre dans l'obscurité
énergétique, le dénuement sanitaire et la précarité.
6. Votre livre ne se contente pas de
dresser un état des lieux, il s’achève comme un « manifeste ». Quel est son
message central ?
Guillaume Ekandje : Ce livre commence comme une enquête historique et scientifique
rigoureuse, mais il s'accomplit comme un manifeste politique et citoyen. Je ne
veux pas que le lecteur referme cet ouvrage en se disant simplement
"quelle belle et triste histoire". Le manifeste est un appel à
l'action immédiate.
Il pose les bases d’une doctrine claire de
souveraineté minière et d'un patriotisme économique décomplexé. Le temps de la
prédation passive, du pillage à huis clos et de la signature de contrats
asymétriques doit cesser. Le manifeste proclame que le Grand Katanga ne doit
plus être un simple comptoir d'extraction coloniale déguisé, mais le centre de
décision majeur de sa propre destinée.
7. Est-ce pour cela que vous mettez en
avant des figures locales fortes comme Eric Monga, l’Ingénieur Mbaka Kawaya ou
Chetan Chug ?
Guillaume Ekandje : Tout à fait. Je veux briser définitivement le cliché colonial selon
lequel nous ne serions que de simples exécutants ou des manoeuvres. Le Grand
Katanga est une terre de génie et d'intelligence stratégique. L’ingénieur
Ambroise Mbaka Kawaya nous a tracé la voie royale de la gouvernance minière. Le
modèle de Chetan Chug avec la SOMIKA prouve la viabilité économique du contenu
local.
Je cite particulièrement Eric Monga (Kipay)
pour sa détermination hors du commun face aux lobbyings extérieurs et aux
pressions de certaines ONG qui tentent de freiner notre autonomie. Son combat
acharné pour la souveraineté énergétique par le biais d'infrastructures locales
est un acte de résistance pure. Ces hommes incarnent l'Afrique des solutions,
celle qui conçoit et qui bâtit.
8. Que réclamez-vous concrètement à la
communauté internationale et aux exploitants miniers ?
Guillaume Ekandje : Le Code Minier est un outil technique utile, mais il reste largement
insuffisant pour régler un problème de cette ampleur. J'exige une
reconnaissance politique et morale internationale qui se traduise par un
mécanisme de « retour sur sacrifice ».
Puisque le Katanga permet au monde occidental
d'atteindre son idéal de transition « propre », la communauté internationale a
l'obligation contractuelle d'investir massivement dans nos infrastructures
routières, sanitaires et énergétiques. Le monde respire et roule au vert grâce
au Katanga, pendant que le Katangais suffoque sous la poussière des carrières.
Il faut rééquilibrer la balance par une justice distributive réelle.
9. Quel est votre mot de la fin ?
Guillaume Ekandje : Ce livre est un cri de ralliement et un éveil des consciences. Le
Grand Katanga a assez éclairé les autres dans l'ombre de sa propre misère. Pour
que l’horizon soit véritablement vert pour la planète, il doit d'abord être
radieux, digne et prospère pour chaque Katangais.

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